Irshad Manji ou le courage d’une femme musulmane qui interpelle sa religion.

Après Chadortth Djavann qui a combattu l’instrumentalisation par les islamistes du port du voile, voila dans un registre plus large Irshad Manji!
Irshad, une jeune femme piquante et convaincue que l’Islam doit s’ouvrir et se reformer, était hier soir l’invitée d’honneur de l‘American Jewish Committee de Philadelphie pour parler de son livre “The Trouble with Islam” (traduit en Français sous le titre “Musulmane mais Libre”, éd. Grasset et Fasquelle).

Son livre nous invite dans l’intimité des interrogations de cette musulmane refuznik comme elle s’appelle pour qui Coran et liberté de penser devraient être compatibles! En termes parfois crus, souvent provocateurs et personnels, l’auteur analyse les inquiétants fondements de l’Islam tel que pratiqué actuellement: violence, haine de l’autre, antisémitisme, acceptation aveugle du Coran… Un livre choc, heureusement égayé par le sens de l’humour de l’auteur.

Si la lecture du Coran est un exercice d’introspection, de réflexion et de citoyenneté, comment accepter, alors, le sort réservé aux femmes par cette grande religion de l’humanité ? Et l’antisémitisme ? Et l’esclavage en Afrique de l’Ouest?

«Nous sommes en crise et nous entraînons le monde entier avec nous.» Tel est le cri d’alarme que lance Irshad sous la forme d’une ardente lettre ouverte à ses coreligionnaires et à l’Occident.

Née en Ouganda, Irshad Manji a quatre ans lorsqu’elle fuit en 1972 avec sa famille musulmane d’origine indienne, le régime du Colonel Amin Dada, et émigre au Canada pour s’installer près de Vancouver. Elle étudie dans une madrassa ou école coranique ou elle se fera remarquer pour sa curiosité et ses questions impertinentes. Ce que son précepteur n’apprécie guère. Elle finira par être renvoyée.

Après de brillantes études universitaires, elle entre à la télévision où elle produit et anime aujourd’hui des émissions de débats qui connaissent un énorme succès.

Malgré ses déboires à la madrassa, Irshad qui est une femme croyante et qui aime sa religion, décide de continuer l’étude du Coran toute seule. Selon elle, la principale différence entre le monde musulman et l’Occident, c’est la liberté ou non de penser.

Cette interdiction de penser est, selon elle, le véritable problème du monde musulman. Est-ce une coïncidence si l’économie et la situation des droits de l’homme dans les pays musulmans se traînent loin derrière le reste de la planète? Qu’il soit traduit moins de livres dans le monde arabe en mille ans qu’en Espagne chaque année? Que la majorité des réfugiés du monde viennent de pays musulmans et que la plupart des guerres civiles opposent des musulmans? «Nous ne pouvons pas imputer nos maux les plus ignobles à l’Amérique, lance Irshad Manji. Le cancer commence chez nous.»

Le contact avec le judaïsme lui procure de l’étonnement: interprétations diverses de la Torah, débats incorporés dans le Talmud, découverte lors d’un voyage en Israël d’une presse libre et variée. «En comparaison, dit Manji, la plupart des musulmans considèrent le Coran comme un document à imiter plutôt qu’à interpréter», car ils y voient un livre parfait, dicté entièrement par Dieu plutôt qu’inspiré.
Elle constate qu’un islam ouvert jusqu’au 13ème siècle s’est durci par la suite, sous l’effet d’alliances politico-religieuses et aussi du choc de voir l’Occident surpasser le monde arabe.

Il faut « retrouver le sens de l’esprit critique dans l’islam ». C’est le projet Itjihad et elle relève avec humour que l’on entends trop souvent parler de Jihad mais pas assez de Itjihad. Ce qui est intéressant dans la démarche d’Irshad, c’est cette volonté de pousser les musulmans vers une introspection, une autocritique et un débat d’idées.

La jeune auteur avance aussi des solutions dignes de considération pour une réforme du monde musulman: il faut redonner du pouvoir aux femmes les grandes perdantes de l’islam car confinées à la seule fonction reproductive. Il est urgent de guérir l’islam, dit Manji, en soulignant que la dénatalité de l’Ouest contraste avec le baby-boom permanent des pays musulmans.

Elle propose des micro-prêts venus de l’étranger pour leur permettre de se lancer en affaires. De manière générale, poursuit-elle, il faut tout faire pour créer de la richesse à la base des sociétés musulmanes afin d’enrayer la mentalité de «martyr» et de laissez pour compte qui y règne.

Mais Irshad vous explique avec ferveur qu’elle ne peut mener son combat toute seule. Elle a besoin de nous tous. Elle implore les Occidentaux d’oser poser des questions aux musulmans. «Votre silence ne nous rend pas service», clame-t-elle. L’occident, dit-elle, se laisse endormir par l’idée de multiculturalisme et est trop tolérant face à une religion aux tentations totalitaires.

Oprah Winfrey la grande star de télévision américaine vient de lui remettre le Prix de la Chutzpah (“Chutzpah Award”) pour son “audace, son sang-froid, sa hardiesse et sa conviction.”

Le magazine “Miss” (“Mademoiselle”) lui a décerné le titre de “Féministe du 21ème siècle.” Enfin en Juin, elle a été honorée du très estimé prix “Simon Wiesenthal Award of Valor”.

Le grand mérite du livre d’Irshad Manji est d’expliquer concrètement comment l’Islam pourrait être réformé en revalorisant le statut des femmes, en garantissant le respect des minorités religieuses et en encourageant le débat d’idées. “Musulmane mais libre” nous bouleverse par sa sincérité et son courage. Il se veut être un cri de ralliement pour un avenir sans fatwa. Irshad Manji mérite définitivement que son initiative courageuse soit soutenue.

En l’observant derrière son micro, je me suis dit “Elle a du chemin à faire devant- elle mais elle fera son chemin”.

Isabelle Tahar Miller pour Guysen Israël News, 2 décembre 2004

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