« Mon problème avec l’islam », un livre d’Irshad Manji

« Mon problème avec l’islam » est une lettre ouverte, la voix d’une musulmane en faveur de la réforme. Une lettre envoyée aux citoyens du monde entier, qu’ils soient musulmans ou non. C’est à propos de ma communauté, de ma croyance, de la façon dont elle doit parvenir à accepter la pluralité des idées, des croyances, des peuples dans cet univers et aussi à propos de la façon dont les non-musulmans ont un rôle central à jouer pour nous y aider. Les thèmes que j’aborde sont :
– l’infériorité de traitement des femmes dans l’islam
– l’antisémitisme que tant de musulmans embrassent sans retenue
– la persistance de l’esclavage dans des pays islamiques.

Chaque foi à ses littéralistes. Les chrétiens ont leurs évangélistes. Les juifs ont leurs ultra-orthodoxes. Grâce à Dieu, même les bouddhistes ont leurs fondamentalistes. Mais ce que mon livre martèle, c’est que l’islam est la seule religion où le littéralisme est répandu. Lorsqu’il y a des abus, la plupart des musulmans n’ont pas de clefs pour discuter, débattre ou réformer. Mon problème avec l’islam parle de ce silence, notre silence. Il montre aux musulmans comment nous pouvons redécouvrir la tradition perdue de la pensée indépendante, l’»ijtihad»* — une notion propre à rendre l’islam compatible avec le 21e siècle. Cette opportunité est plus facile à saisir pour les musulmans d’Occident, où ils profitent de la liberté d’expression et peuvent ne pas craindre les représailles de l’État. Les musulmans vivant dans le monde islamique doivent eux aussi connaître ce don de Dieu qu’est le droit de penser par soi-même.

Ma famille et moi sommes arrivées comme réfugiées d’Ouganda d’Idi Amin en 1972 à Vancouver. J’ai grandi en suivant deux écoles, l’école publique laïque et, plusieurs fois par semaine, l’école islamique (la madrassa). J’ai eu du mal à concilier le monde ouvert et tolérant de l’école publique avec celui, rigide et bigot, de la madrassa. Ma première question à la madrassa fut “pourquoi les femmes ne peuventelles pas diriger les prières ?“

En grandissant, je n’ai pas cessé de poser des questions dérangeantes : “si le coran a été révélé au Prophète comme un message de paix, comment se fait-il qu’il a commandé à son armée de tuer une tribu juive dans son ensemble”? Vous pouvez imaginer combien mes questions irritaient au plus haut point mon professeur qui passait son temps à maudire les femmes et les juifs ! Je suis arrivée à l’impasse ultime quand j’ai demandé des preuves de la conspiration juive contre l’islam. Cette dernière question, posée à 14 ans, me conduisit à la porte.

A ce point, j’avais un choix à faire. Soit j’abandonnais ma foi musulmane et devenais une jeune américaine émancipée, soit je donnais à l’islam une seconde chance. J’ai donné à l’islam une autre chance, et puis une autre, et une autre. Depuis 20 ans, je me documente sur l’islam. Mais je demeure une musulmane ambivalente, à cause de ce qui se passe sur le terrain, violations des droits humains, contre les femmes, contre les minorités, et tout cela au nom de Dieu. Les musulmans libéraux disent que ce que je décris n’est pas le vrai islam. Mais ces musulmans doivent se rappeler que le Prophète a dit que cette religion était la manière dont nous nous conduisons les uns envers les autres. Dans ce cas, si l’islam c’est la manière dont se comportent les musulmans, nous devons faire face à la dure réalité. C’est ce pour quoi je me bats. C’est ce qui fait que je suis passionnée. Et ce qui me conduit à dire tout haut tout ce qui me cause de la peine avec l’islam. Mon problème avec l’islam c’est que… Comme je le vois,

Mon problème avec l’islam, c’est que nos vies sont trop courtes et que les mensonges que nous trouvons pour excuser cette dérive sont trop gros. Au début de mon livre, je dis que je suis une “refuznik musulmane”. Cela ne signifie pas que je refuse d’être musulmane, mais que je refuse de rejoindre une armée d’automates au nom de Dieu. Je pose aux musulmans d’occident, une question très simple : allons-nous rester spirituellement infantiles, conformistes ou allons-nous devenir mûrs et citoyens, défendant un pluralisme qui nous permettra de faire partie de ce monde à la première place ? Ma question aux non-musulmans est tout aussi basique : aurez-vous peur d’être traités de racistes et d’islamophobes, ou allez-vous nous pousser, nous musulmans à prendre notre rôle au sérieux concernant cette religion ?

Revue Prochoix n°26-27 – automne hiver 2003 –

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