Irshad Manji : une musulmane parle librement

La semaine dernière, les lumières de la communauté musulmane de Grande Bretagne, lords, membres du parlement, groupes de pression, ont publié une lettre ouverte au premier ministre Tony Blair, lui disant que la débâcle en Irak et au Liban profitait aux extrémistes en leur donnant des munitions qui menaçaient tout le monde. Dans une Amérique de plus en plus pacifiste, cette argumentation trouve un écho « les Etats-Unis brutalisent les Musulmans, qui à leur tour génèrent la terreur islamiste ». Mais les violents du Jihad ont rarement eu besoin des griefs contre la politique étrangère occidentale pour justifier leurs têtes brûlées.

Quand ils ont essayé de faire exploser le World Trade Center en 1993 et quand ils ont attaqué le destroyer américain Cole en 2000, ils n’avaient pas encore le motif de la « débâcle d’Irak ». Mais ce dernier assaut eut lieu après que l’intervention militaire menée par les Etats-Unis eut sauvé des milliers de Musulmans en Bosnie et au Kosovo. Si les Islamistes se préoccupaient de faire changer la politique en Irak, ils n’auraient pas pris la peine d’enlever 2 journalistes français, probablement les plus anti-guerre, anti-Bush qui soient en Occident! Même une solidarité reconnue à l’égard des souffrances Irakiennes n’ont pas empêché l’exécution sommaire par les insurgés de Margaret Hassan, qui dirigeait une organisation humanitaire mondialement réputée.

En attendant, il y a au moins autant de Musulmans tués par d’autres Musulmans que par les forces étrangères. Au Soudan, les Musulmans noirs sont affamés, violés, asservis et massacrés par des milices arabes, avec le consentement du gouvernement central islamiste. Où est la fureur « officielle » musulmane contre ce génocide ? Est-ce que les vies musulmanes ne comptent seulement que losqu’elles sont emportées par des non-Musulmans? Sinon, j’ai une idée pour les représentants de l’Islam en Occident: allez sermonner les responsables occidentaux sur leur politique étrangère qui encouragerait le radicalisme, mais en même temps lancez un défi aux jeunes Musulmans éduqués et en colère, pour qu’ils soient responsables aussi de leurs actes.

Ceci veut dire qu’il faut leur rappeler qu’au Pakistan, les sunnis persécutent les shiites à tout moment, qu’en Israël les missiles lancés par le Hezbollah atteignent aussi bien les foyers musulmans que les foyers juifs, qu’en Egypte, la police des émeutes de Moubarak ne cesse de matraquer, de violer, de torturer et d’assassiner tout activiste qui met en avant la démocratie. Cela veut dire par-dessus tout qu’il faut leur dire que les guerres civiles sont devenues courantes dans le monde musulman.

Mais les responsables musulmans n’oseront jamais être aussi honnêtes; ils répéteront à l’infini les péchés pour lesquels ils fustigent les gouvernements Bush et Blair, changeant de logique à chaque fois et prétendant être intègres.

Suite aux attentats du 7/7 à Londres, Iqbal Sacranie, alors le chef de l’important Conseil Musulman de Grande Bretagne insista sur le fait que c’était la discrimination économique qui était à l’origine du radicalisme islamiste dans le pays. Quand on a découvert que certains des suspects appartenaient à la classe moyenne aisée, avaient diplôme, emploi et voiture, Sacranie a trouvé un nouveau coupable, la politique étrangère. En faisant cela, il prenait le train de la pensée dominante lancée alors par les élites musulmanes.

Les bonnes nouvelles sont que le croyant de la rue est capable d’auto-critique. Selon un sondage d’il y a deux mois, 65% des musulmans britanniques pensaient que leur communauté devait faire un effort plus grand d’intégration, et fait troublant, qu’en même temps 13% adulaient les terroristes du 7/7 et 16% leur étaient sympathiques. N’empêche que 2/3 des interviewés cherchaient à appartenir plus complètement à la société britannique.

En Grande Bretagne ou aux Etats-Unis, ceux qui prétendent parler au nom des Musulmans ont une responsabilité vis-à-vis de leur majorité, qui ne cherche qu’à concilier l’Islam avec le pays d’accueil. Indépendamment le leur politique, il n’appartient pas à Tony Blair ou à G Bush de restaurer de meilleurs sentiments dans l’Islam. Ce devoir et sa gloire reviennent aux Musulmans.

Paru dans l’International Herald Tribune du 18 août 2006
(traduction : Albert Soued, http://www.chez.com/soued/conf.htm pour http://www.nuitdorient.com).

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